Un intitulé porteur de controverses

Le terme Armorique et le qualificatif "gallo-romain" qui lui est ici appliqué sont l'un et l'autre controversés. Armorique en effet désignait à l'origine une partie importante du territoire de la Gaule celtique, qui s'est même étendue au bas-Empire assez largement à l'intérieur de cette dernière, au mépris donc de l'étymologie, avant de connaître par la suite une sorte de rétraction pour ne plus désigner que la seule péninsule armoricaine assimilée finalement à la Bretagne continentale. Le processus, pour lequel on dispose de témoignages d'écrivains bretons continentaux tel Uurdisten au IXe siècle à Landévennec, était en tout cas achevé vers 1130, car on le trouve décrit dans le chapitre 92 de l’Historia regum Britanniae de Geoffroy de Monmouth : in minorem Britanniam, quae tunc Armorica sive Letavia dicebatur (En petite Bretagne, alors appelée Armorique ou Létavie). Cette terminologie "inventée" par Geoffroy de Monmouth, à qui la reprend aussitôt Robert de Torigni (... quae antiquitus Letavia sive Armorica vocata est), a connu un succès durable au Moyen Âge dans la sphère des lettrés et en particulier chez les hagiographes bretons.

Quant à l'adjectif "gallo-romain", il s'agit d'une invention française du XIXe siècle qui, si l'on en croit une certaine école historique actuelle, consisterait, au travers du constat masochiste de leurs descendants, à situer les Gaulois dans une perspective coloniale d'assujettissement à une civilisation réputée supérieure, celle de Rome : cette critique est sûrement très profitable au débat historiographique ; mais l'adjectif "gallo-romain" demeure suffisamment "commode" et explicite dans son acception traditionnelle pour que nous ne renoncions pas à l'utiliser ici.

samedi 31 octobre 2020

Brest, le Léon et le dossier littéraire de saint Goëznou : une édition de la vita sancti Goëznovei

"Goëznou, se mettant le dernier en marche, bâtit son oratoire en un lieu appelé la Lande, à quatre mille pas de la cité des Osismes : on le nomme maintenant le Peniti Goëznou.

 Il y a dans ces régions un passage marin, resserré et court, qui permet de traverser vers Crozon depuis Ac’h. Son nom est Murlgul, ce qui signifie « goulet de mer », ou « mauvais goulet » pour la raison que, les terres se rejoignant presque, car seulement séparées l’une de l’autre par un espace peu large, la mer ne cesse de refluer depuis l’Océan par le goulet à très grande vitesse. Et, après avoir passé cette gorge, elle forme un très grand plan d’eau en forme de lac et se répand en de nombreuses plages et rades. Du fait de la vitesse avec laquelle la mer flue et reflue sans cesse à travers le goulet, l’endroit est appelé Occismus, car le grec ocis signifie « vitesse » en latin, et l’on peut convenablement dire « mouvement vite » pour Occismus. Les peuples des alentours sont appelés Osismes, et [leur cité] « cité des Osismes ».

Parce que, selon une ancienne coutume, 6 666 hommes de guerre avaient l’habitude de s’y trouver, soit l’effectif d’une légion selon les Romains, le pays aussi bien que la cité sont appelés par leur nom propre Legiona, d’où « Cité des Légions » que l’on trouve dans certains manuscrits ; mais, peu après, ce pays, par abréviation de son nom, est appelé Léon"                                                            

   Le  passage ci-dessus figure dans la vita de Goëznou, dont le texte n’est plus connu dans son intégralité. L'ouvrage connaît aujourd’hui encore une certaine célébrité, alors même que l’historicité du personnage, comme c’est le cas pour presque tous les saints « bretons » de la période héroïque, est inaccessible. Cette relative notoriété est principalement la conséquence d’une controverse ancienne et durable sur la date de  composition de la vita : controverse de pure histoire littéraire, mais dont les enjeux idéologiques se sont rapidement révélés bien plus importants que le texte qui l’avait fait naître. Plus généralement, il s’agit, au travers de ce cas particulièrement discuté, sinon même disputé, de confronter un texte dans sa dynamique de déperdition d’informations, aux différentes interprétations, parfois malencontreuses, qu’en ont faites certains historiens: les excès qui se remarquent à cette occasion doivent inciter à appliquer la même démarche critique à l’ensemble de la littérature hagiographique, notamment en Bretagne où la geste des saints se déroule entre légendes et histoire.

En annexe est publié pour la première fois le texte de la vita de saint Ténénan, dont plusieurs indices laissent à penser qu'elle est peut-être sortie de la plume du même hagiographe.

 
Prix : 15 Euros (plus 5 Euros de frais d'expédition)
Renseignements et commandes : 
leslettresmorlaisiennes@gmail.com

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