Un intitulé porteur de controverses

Le terme Armorique et le qualificatif "gallo-romain" qui lui est ici appliqué sont l'un et l'autre controversés. Armorique en effet désignait à l'origine une partie importante du territoire de la Gaule celtique, qui s'est même étendue au bas-Empire assez largement à l'intérieur de cette dernière, au mépris donc de l'étymologie, avant de connaître par la suite une sorte de rétraction pour ne plus désigner que la seule péninsule armoricaine assimilée finalement à la Bretagne continentale. Le processus, pour lequel on dispose de témoignages d'écrivains bretons continentaux tel Uurdisten au IXe siècle à Landévennec, était en tout cas achevé vers 1130, car on le trouve décrit dans le chapitre 92 de l’Historia regum Britanniae de Geoffroy de Monmouth : in minorem Britanniam, quae tunc Armorica sive Letavia dicebatur (En petite Bretagne, alors appelée Armorique ou Létavie). Cette terminologie "inventée" par Geoffroy de Monmouth, à qui la reprend aussitôt Robert de Torigni (... quae antiquitus Letavia sive Armorica vocata est), a connu un succès durable au Moyen Âge dans la sphère des lettrés et en particulier chez les hagiographes bretons.

Quant à l'adjectif "gallo-romain", il s'agit d'une invention française du XIXe siècle qui, si l'on en croit une certaine école historique actuelle, consisterait, au travers du constat masochiste de leurs descendants, à situer les Gaulois dans une perspective coloniale d'assujettissement à une civilisation réputée supérieure, celle de Rome : cette critique est sûrement très profitable au débat historiographique ; mais l'adjectif "gallo-romain" demeure suffisamment "commode" et explicite dans son acception traditionnelle pour que nous ne renoncions pas à l'utiliser ici.